Des compte-rendus très subjectifs, par Naere Luna.

Morceau de vie – Mission : tatouage

Le samedi 3 septembre 2016 :

Cela faisait environ 5 ans que je voulais en faire un.

Depuis 2011, je suis passée par la phase : que faire ? , par la phase des envies passagères, par la phase j’ai une idée de motif, puis la phase : je vais voir des salons pour leur présenter mon projet et demander des devis.

A ce moment, je visite 7 salons, j’envoie une petite dizaine de mails. On me recommande des salons, des noms, je discute du sujet avec des collègues tatoué(e)s.

Mon motif à ce stade, ce sont uniquement des traits, puis ça évolue avec des pointillés. C. me parle du Baron rouge, qui fait beaucoup de motifs avec des petits points. Je passe au salon un samedi après-midi. Il y a de la musique country, personne au comptoir, on me lance un « Monte ! » du haut de l’escalier. Je monte donc, et arrive sur le palier, entourée d’un squelette, un lavabo, quelques photos de tatouages, et découvre L., qui est en train de tatouer un client. Je lui montre mon dessin, il me donne des conseils : « Il ne faut pas choisir un bras cassé qui ne vous fasse pas de lignes droites ! » « Pour l’emplacement, vous êtes une nana grande et plutôt fine, du coup c’est à vous de choisir, tout peut aller ».

Avec toutes ces informations en tête, je quitte le salon, avec l’envie tout de même de revenir.

Je réfléchis pendant encore quelques jours, puis me voilà à demander à M. de venir avec moi pour aller prendre rendez-vous, le vendredi 9 septembre.

Le vendredi 9 septembre :

Je discute avec L., je lui remontre précisément mon motif, en lui demandant s’il peut le remanier un peu. Je lui explique le principe (croix d’Indochine + motif de Twenty One Pilots) et il me propose la croix en pointillisme, avec le motif de TOP à côté, en pointillés. Il me dessine aussi une version sans pointillés. Sur le coup, je n’ai pas de coup de cœur. A voir à force de les regarder si j’arrive à en apprivoiser un plus que l’autre. Concernant l’emplacement, je lui évoque la cheville. Je lui demande aussi, sur un coup de tête, s’il peut me faire également un losange sur la tranche du poignet. Il me demande quelle forme de losange je souhaite… mais étant prise au dépourvu, je lui réponds que je ne sais pas encore et que je lui enverrai des idées par mail. Je prends néanmoins rendez-vous pour le 22 septembre.

Après toutes ces émotions, un débriefe s’impose avec M. autour d’une petite tablée.

Le jeudi 22 septembre, 18h30.

Mon rdv est prévu à 18h30, mais forcément, le destin est contre moi, provoquant des bouchons sur la route du bus, puis un colis suspect sur le RER.

Me voilà donc, avec P., à me ruer sur la ligne 1, tout comme des dizaines de voyageurs impatients. Le chemin est plus long, je reçois régulièrement des messages de M. me rassurant : « J’ai prévenu L., il a dit « Ouai y a pas d’soucis » » « Il est hyper cool et pas pressé » « Pour te dire comme il est cool : il vient de partir déposer des sous à la banque en me laissant la boutique ».

J’arrive à 18h50/55. Je déteste tellement être en retard…

M. est sur le canapé qui est à l’entrée du salon, regarde des magazines de tatouage. L. est à l’étage, au-dessus du plafond de verre, en train probablement de préparer le matériel.

Au bout d’une dizaine de minutes, il descend : « Alors, on s’y met ? »

Il reprend la croix d’Indochine, je réfléchis (comme depuis plusieurs jours) sur la présence ou l’absence du motif de TOP. Finalement, on ne le fera pas. Au lieu du losange initialement imaginé, il me dessine un bécarre (l’idée du dessin étant un lien entre la musique et un quatuor de personnes). Je trouve ça trop linéaire et voudrais quelque chose de plus original : « Donc vous souhaitez quelque chose de pas très linéaire, même si ce sont quand-même des lignes » [...]. Euh oui c’est un peu l’idée.

Quelques minutes plus tard, L. me demande de regarder droit devant moi, debout, afin de poser le calque sur mon poignet. Et quelques instants plus tard, me voilà le bras gauche en contorsion, mon corps à califourchon sur la chaise, ma main droite dans celle de M.. Il  m’explique tout ce qu’il fait, répond à mes questions (même les plus bêtes) le tout sur un fond de musique rock/jazz.

Avant de poser l’aiguille sur ma peau, L. lance un « Wesh, meuf ! », que j’ainterprète comme « C’est parti, bon courage ma grande ! ». Je suis très étonnée par la douceur du geste, par le mouvement presque délicat que l’aiguille effectue et le bruit presque agréable provoqué par la machine.

Quelques regards vers M. , qui a les yeux tournés vers mon poignet. Juste après l’exécution du motif, sa première réaction a été un souriant : « Oh c’est joli ! ». C’est avec très peu d’appréhension et beaucoup d’enthousiasme que je regarde le résultat : je ne me rends pas compte que ce sera à vie et que ça y est, c’est fait. J’admire l’œuvre devant le miroir, avec un peu d’excitation mélangée à beaucoup d’émotions. Je suis sur le point de me jeter dans les bras de L. pour manifester mon contentement , mais je me rends compte à temps que c’est déplacé.

Quelques instants plus tard, c’est allongée sur le côté gauche que je me retrouve, sur une table style d’opération plastifiée pour l’occasion. Sur le point de m’endormir, le premier enfoncement d’aiguille me fait à peine sursauter. La sensation est agréable. Le plus étrange n’est pas le bruit, qui lui est plutôt discret, mais la vibration du dermographe qui se reporte sur ma peau, via la main de L. posée sur ma malléole. La chaleur de ses mains, la douceur de ses gestes, la musique ambiante, M. juste à côté qui immortalise le moment en photos, sont apaisants. Je suis bien. L’action ne dure pas plus de dix minutes, encore une fois.

Une fois l’œuvre réalisée, avec beaucoup d’excitation une nouvelle fois, je vais voir le résultat sur le miroir. Un sourire un peu béat et des étoiles dans les yeux commencent à cohabiter sur moi. Après avoir reçu quelques consignes pour m’occuper de mes nouveaux bouts de peau, c’est toujours avec un grand sourire que nous re-débriefons avec M. , autour d’une nouvelle tablée. Je ne me rends pas encore compte… et j’ai déjà envie d’en faire d’autres.

Je dois retourner voir L. dans un mois et demi environ. Je ne réalise toujours que c’est pour la vie. Je suis tellement fière d’avoir sauté le pas, malgré tout ce que je peux entendre sur les gens tatoués. Je vais chouchouter mes nouveaux tourlourous autant que je peux.

 

Le vendredi 23 septembre 2016

Arrivée au bureau, les premiers collègues que je vois me demandent : « Alors ?!? ». Presque tous étaient au courant. Les réactions sont diverses : « Celui de la cheville est très joli, très délicat, très fin, très féminin » « J’aime beaucoup le bécarre ! » « Tu m’as trop donné envie d’en refaire ! » « Mais ça t’a fait mal ? » « Tu vois, je t’avais dit que t’aurais envie de recommencer ! » « Pourquoi finalement tu n’as pas fait le motif de l’autre groupe ? ». Depuis hier, je regrette de ne pas l’avoir fait… Mais mieux vaut remplir un bout de peau que devoir lui infliger du laser par regret.

Néanmoins, aucune hésitation. Juste du bonheur. Maintenant, c’est parti pour deux semaines de pauses pose-pommade 5 fois par jour, et rendez-vous dans un mois et demi pour faire une vérification de la cicatrisation. Les projets de nouveaux motifs fleurissent déjà dans ma tête. A quand le prochain ?

12 octobre, 2016 à 12 h 42 min


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